Toponymie : noms et histoire de nos rues et parcs
par Kevin Cohalan
Pour les Montréalais, le roi
s’appelait toujours Louis (c’est-à-
dire, jusqu’au moment où il
commençait à s’appeler
George). C’est un fait
remarquable que Montréal,
durant les 121 années de
son régime français, n’a
connu que trois rois, dont
le premier—Louis XIII,
décédé en 1643—pendant
un an seulement. Pour le
reste, nous avions les 72
ans de Louis XIV, de 1643
à 1715, suivi de Louis XV
jusqu’à la conquête—tous
deux ayant succédé au
trône à l’âge de cinq ans.
Montréal a toujours vécu
sous une couronne, soit-elle
française, britannique ou
canadienne. Trois impo-
sants monuments rendent
hommage aux monarques
anglais, dont deux à la reine
Victoria (rue Sherbrooke,
square Victoria) et un autre
à son fils Édouard VII
(square Phillips, œuvre de
Louis-Philippe Hébert).
Mais—à part le toponyme
assez répandu de « Saint-Louis »—
où sont les rois de France ?
La France, dit-on, n’a jamais aimé
ses rois. À quelques exceptions près :
saint Louis IX (1214–1270) notam-
ment, ainsi que le premier des
Bourbon, Henri IV (1553-1610), le
Vert galant, ce « bon roi Henri » qui
compte parmi ses nombreux titres de
renommée celui d’avoir été le patron
de Samuel de Champlain.
Ce serait normal—même si de
nos jours le geste ne
ferait
pas
l’unanimité—que
l’un de nos rois
français soit à l’hon-
neur afin de
souligner cet aspect
primordial de l’uni-
vers de nos ancêtres
que fut la couronne
de France. Mais à
quel saint se vouer ?
Oublions les trois Louis : notre
fondateur Louis XIII, le roi des
Trois mousquetaires ?… Il nous
fait penser surtout à
Richelieu, l’Éminence
grise, à qui tous les accom-
plissements de son règne
sont attribués, même, selon
les méchantes langues, la
paternité de Louis XIV.
Louis XIV ?… Personnage
glorieux, certes, mais trop
identifié à un absolutisme
pernicieux. Louis XV, ce
sensualiste qui a perdu la
Nouvelle-France ?
Si on veut un symbole de
la monarchie française au
Québec, le choix ne peut que
tomber sur Henri IV : figure
sympathique, emblème de
courage, de tolérance et de
compromis, soldat achevé,
fin stratège, patron des arts,
séducteur accompli, martyre
au fanatisme… peut-être le
plus attrayant de tous les rois
de France.
Sa mémoire n’est pas tout
à fait écartée. Nous avons la
rue Henri-IV (ci-contre).
Elle s’étend du boulevard Saint-
Laurent jusqu’à la rue Clark, soit une
rue de distance, à quelques pas au
nord de la voie ferrée, en plein milieu
de la zone industrielle de l’ancien
village de Mile-End. Selon le
répertoire de la Ville, l’appellation
remonte à 1911.
Comment se fait-il qu’un passage
aussi minable soit affublé d’une
dénomination si prestigieuse ? On
l’ignore. Mais si ce n’est que pour
sauver l’honneur de Montréal, il
faudrait trouver un moyen plus
approprié afin de commémorer le bon
roi Henri.
Henri IV mérite mieux
La rue Henri-IV
Henri IV, le Vert galant
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Bulletin de la Société d'histoire et de généalogie du Plateau-Mont-Royal, Vol 4, No 4 - Hiver 2009-2010 - www.histoireplateau.org