Un rappel de vocabulaire thématique
s'impose d'entrée de jeu: galerie, véranda
ou balcon? La galerie est un passage couvert qui se situe
au sol ou qui est suspendu en l'air. Dans le vocabulaire
québécois, le mot galerie signifie souvent
balcon et même véranda. La galerie est davantage
située à l'arrière des constructions
et sert de passerelle. Abondamment caricaturés dans
notre littérature, mères, commères
ou enfants espiègles animent la galerie des cours
arrière au Plateau durant les tâches quotidiennes.
En ce qui a trait à la véranda, il s'agit
plutôt d'un balcon fermé de cadrages vitrés
ou grillagés où l'occupant cherche à
se protéger du frais ou des moustiques.
Le balcon résolument en façade, est quant
à lui une plate-forme de bois entourée souvent
sur trois côtés de garde-corps. Ceux-ci sont
en bois parfois superbement tourné, mais de façon
plus caractéristique au quartier en cause, ils sont
d'ouvrages et d'armatures de fer forgé.
Cette dentelle métallique droite ou galbée
naît du savoir-faire du forgeron des faubourgs et
illustre des styles européens savamment importés.
La montée fulgurante des fonderies spécialisées
dans le fer forgé architectural à Montréal
entre 1900 et 1920 ne trompe pas : les entrepreneurs favorisent
ce matériau durable et sécuritaire. La Dominion
architectural Ironworks, Ltd, située dans le faubourg
Sainte-Anne, est un exemple durable de fournisseurs de l'époque.
Le Plateau est assurément favorisé par l'apport
du patrimoine artisanal des fils du dieu Vulcain.
Côté finition, la peinture à l'huile
est généralement notable. Le bois et le fer
pimpant peuvent bénéficier de l'arrivée
de la peinture chimique au gallon mise de l'avant par les
frères américains Moore vers 1885. Le produit
est manufacturé ici presque quarante ans plus tard
par la compagnie d'explosifs C-I-L. Cet éclat en
surface se substitue à la pâle sobriété
du bois nu ou chaulé des vieux faubourgs de la ville.
Le noir monopolise l'habit des garde-corps métalliques,
les tons de gris sont retenus pour le support de bois. Ces
coloris absorbent moins la lumière et du coup la
chaleur. Ils contrastent avec la pierre ou la splendide
brique vernissée.Ils s'harmonisent enfin avec élégance
au blanc ocre des colonnades, corniches ou moulures néo-classique
le cas échéant.

Si les logis modestes des anciens faubourgs au XIXe siècle
ne comportent que peu de balcon en façade (pensons
au faubourg Saint-Joseph par exemple) et que les résidences
des montréalais plus aisés bénéficient
de jardins et de terrasses privées, les constructions
à étages des nouvelles rues ou avenues du
jeune Plateau innovent : elles donnent enfin l'accès
à un espace extérieur privé pour un
plus grand nombre de citoyens. Le balcon humanise l'habitat
populaire à Montréal.
Meublés, fleuris, orientés en partie ou plein
soleil, ces plates-formes sécuritaires déguisées
en jardins suspendus, obéissent aux besoins salutaires
sinon sanitaires de logis profonds ou exigus, souvent mal
éclairés. Ils offrent le petit luxe de l'intimité
solitaire ou familiale à même l'espace public.
En toutes saisons, les parents lui confient leurs enfants,
des amoureux s'y lovent, on y accueille la visite, des romantiques
y lisent, des patriarches s'y bercent comme autrefois sur
la galerie avant des campagnes lointaines.