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Pour conclure cette première partie
de mon exposé, encore une fois, je vous remercie, messieurs
les membres du Conseil de l'Arrondissement d'avoir autorisé
l'installation de ce monument ici sur ce glorieux site de la
Maison Hamel-Bruneau, sur les terres qui appartenaient jadis
à Nicolas Peltier, merci aussi à tous ceux qui
ont aidé à réaliser cet événement
extraordinaire. En particulier M. De-nis Pelletier, M. Guy-R.
Pelletier et M. Marcel Pelletier de l'Association des familles
Pelletier; et M. Éric Dumas, responsable des équipements
patrimoniaux de l'Arrondissement de Sainte-Foy/Sillery.
J'aimerais maintenant vous parler de la semaine
que j'ai passée, en juillet 2005, aux archives départementales
d'Eure-et-Loir situées à Chartres en France, à
la recherche des traces de Nicolas Peltier. J'aimerais aussi
vous en présenter les résultats.
Tout d'abord, afin d'effectuer ces recherches,
je me suis basé uniquement sur ce que l'on savait déjà
des origines de l'ancêtre, selon les archives de la Nouvelle-France.
C'est-à-dire : Les registres de Notre-Dame de Québec
montrent que le maître-charpentier Nicolas Peltier était
originaire de la pa-roisse Saint-Pierre Saint-Paul de Gallardon
en Beauce. Le recensement de 1667 indique qu'il était
né vers 1590. Et, très important, plusieurs contrats
notariés prouvent qu'il savait signer.
Par contre, les noms de ses parents ainsi
que la date de sa naissance, sont absents des Archives nationales
du Québec. Aucun généalogiste n'a jamais
connu ces deux renseignements importants.
Or une fois rendu aux archives départementales,
je me suis concentré strictement sur les minutes des
notaires gallardonnais du début de dix-septième
siècle. Étant donné l'énorme quantité
de docu-ments qu'entraînait cette recherche, je n'ai pu
prendre le temps de lire ligne par ligne chaque contrat. J'ai
plutôt fait particulière attention aux signatures
en bas des contrats, toujours attentif au véritable "
gribouillage " qu'est la signature de l'ancêtre.
Ma première journée aux archives,
le lundi 18 juillet, j'ai consulté six volumes d'actes
notariés; cha-que registre comprenait environ 400 ou
500 pages. À ma grande déception, quoique les
signatures de plusieurs Pelletier gallardonnais abondent dans
ces registres, je n'y ai retrouvé aucune trace de Nicolas.
Le lendemain j'ai consulté encore d'autres registres
notariaux. Pendant huit heures de suite, j'en ai consulté
cette journée-là, treize. Encore une fois, j'ai
rencontré bien des Pelletier de Gallar-don, mais aucune
trace de celui que je cherchais.
Le matin du mercredi 20 juillet, le directeur
des archives, Michel Thibault, que j'avais prévenu de
mon séjour en France, m'a offert une visite guidée
personnelle du bâtiment des archives départe-mentales.
C'est un ancien séminaire, construit en 1722 et qui abrite
les archives depuis cent ans. M. Thibault m'a avoué que
c'est peut-être le pire endroit possible pour conserver
d'une manière efficace les documents dont il est responsable.
C'est la raison pour laquelle les archives sont transférées
actuellement dans une nouvelle bâtisse. Or puisque je
travaille, moi, aux Archives de l'État du New-Hampshire,
M. Thibault m'a reçu comme collègue, d'où
cette visite guidée personnelle. En plus de cela, il
m'a aussi montré quelques documents uniques datant des
VIIe, VIIIe et IXe siècles, ainsi que des plans moyenâgeux
de Gallardon.
Après ce chaleureux accueil et cette
splendide visite aux archives, où j'ai pu connaître
d'autres col-lègues français et discuter avec
eux, cet après-midi-là je me suis remis à
feuilleter les minutes des notaires de Gallardon. À la
fin de la journée, j'avais déjà consulté
trente registres notariaux diffé-rents, c'est-à-dire
plus de 10,000 contrats individuels datant de 1606 jusqu'en
1630. Il ne me restait plus que deux jours aux archives, et
je n'avais encore retrouvé aucune trace de Nicolas Peltier.
Tout de même, j'avais de très
bonnes raisons d'être content. Au début de l'année,
en préparation de mon séjour en France, j'avais
écrit à M. Thibault afin de lui poser des questions
sur les archives. En me répondant, il m'a signalé
qu'il était possible de consulter des images numérisées
de l'état civil de toutes les communes du département,
y compris donc celui de Gallardon, antérieur à
1853. Puisque je n'allais passer qu'une semaine aux archives
et que je voulais consacrer le plus de temps possible à
consulter les registres notariaux, j'ai osé demander
s'il était possible d'acheter des cédéroms
des images des plus anciens registres paroissiaux de Gallardon.
À ma grande joie, M. Thibault a dit oui, puisque j'avais
parcouru au moins 5,000 kilomètres pour arriver à
Chartres, il n'y avait aucun pro-blème là-dessus.
Ensuite il a ajouté, " Mais je n'ai pas le droit
de vous faire payer "!
Aussi ce jour-là M. Thibault m'a-t-il
offert non pas un, mais trois cédéroms de plus
de 1,720 images des registres paroissiaux de Gallardon, à
partir de 1578 et jusqu'en 1670! Quelle magnifique fin de ma
troisième journée aux archives!
Alors, après trois jours de rien d'autre
que des déceptions en ce qui concerne les registres nota-riaux,
lorsque j'ai ouvert mon premier registre ce quatrième
matin-là, j'étais bien loin de me douter de ce
que j'allais retrouver dans mon premier bouquin du jour. Un
bouquin d'ailleurs que je n'avais pas projeté consulter
car c'était indiqué dans l'index "en mauvais
état ".
Donc là, dans les minutes d'un notaire
nommé Jean Fullone, pour l'année 1612, à
la fin d'un contrat du 29 février, j'ai retrouvé,
enfin, la signature de Nicolas Peltier!
 En
lisant péniblement pour une première fois le texte
du contrat qu'avait signé mon ancêtre, je me suis
aperçu que ce document était très important
- voire inestimable - pour plusieurs raisons.
D'abord, il porte sa signature, ce qui nous
permet de prouver irréfutablement et donc définitivement
qu'il s'agit du pionnier québécois.
Ensuite, il renforce ce que nous savons déjà
: que Nicolas venait en fait de la paroisse de Gallardon.
Mais de quoi s'agissait-il, dans ce contrat ?
J'ai cru distinguer le mot " baille
", ce qui m'a tout de suite fait penser que Nicolas louait
une terre. Mais je n'ai pas retrouvé d'autres "
mots-clés " d'une vente ou d'un bail d'une terre.
Alors, plus tard, avec l'aide de M. Thibault,
j'ai compris qu'il s'agissait du contrat d'apprentissage du
jeune Nicolas Peltier. Il se faisait bailler " comme apprenti
et élève " à un maître-charpentier,
celui qui l'a instruit dans l'art de la charpenterie, métier
que Nicolas continuerait plus tard à exercer en Nouvelle-France.
Ce maître-charpentier s'appelait Michel
Delaval, et le contrat porte non seulement sa signature à
lui mais aussi sa marque. Il a tracé en dessous de sa
signature la silhouette d'une hache à main, outil indispensable
d'un charpentier-menuisier pour tailler les poutres et les poteaux.
Cette marque identi-ficatoire aurait sans doute été
gravée aussi sur toute uvre réalisée
par Delaval.
En plus il montre que Delaval demeurait à
Épernon, commune périphérique de Gallardon,
où il au-rait fort probablement emmené Nicolas.
Ceci représente le premier indice des premières
migrations du pionnier avant son arrivée à Québec
en 1636.
Tout de même, l'ultime raison pour
laquelle ce document nous est tellement précieux, c'est
qu'il porte les noms des parents de Nicolas Peltier ! Il serait
donc plus tard la clé pour ouvrir mes recher-ches dans
les registres paroissiaux de Gallardon.
Or ayant retrouvé ce document le matin,
ce n'est qu'à 5 heures de l'après-midi que j'ai
pu avoir ren-dez-vous avec M. Thibault afin de continuer la
lecture et confirmer mon interprétation limitée
du tex-te. Ce dernier a fini par inviter une collègue,
Brigitte Féret, responsable des services notariaux, et
en nous mettant à trois nous avons pu déchiffrer
une grande partie du contrat. Mais étant donné
l'heure avancée, on a décidé de reprendre
la lecture de ce document le lendemain après-midi, car
M. Thi-bault serait absent le matin.
Le lendemain j'ai passé toute la matinée
à étudier, à déchiffrer et à
transcrire le texte. Quoiqu'une vingtaine de mots me soit restée
illisible, dont la plupart dans la conclusion banale du contrat,
avec ce que nous avions pu déchiffrer la veille, j'ai
réussi à saisir l'essentiel : Le père de
Nicolas étant antérieurement décédé,
ce dernier ne pouvait apprendre le métier paternel. La
mère, n'ayant probablement plus les moyens de subvenir
aux besoins de son fils, a dû donc le bailler à
Michel Delaval, c'est-à-dire le donner, et ce, pendant
les quatre années suivantes. Delaval a donc accepté
- et je cite - de " lui apprendre, montrer et enseigner
son dit état de charpentier, de lui quérir et
apprêter son boire [et] manger " ... de " chauffer
et blanchir tant sain que malade "... et d' " entretenir
tant d'habits que linge et chaussures ", tout à
sa propre charge à lui. En échange de quoi, Nicolas
- et je cite encore - " sera tenu servir ledit Delaval
son maître à son dit état et à toutes
ses autres affaires licites et honnêtes que lui commandera
sans s'en défier ni ailleurs servir à quoi faire
"
" durant ledit temps sans lui en payer aucune
chose ".
C'est cela l'interprétation à
laquelle nous sommes enfin arrivés vendredi après-midi
: c'est-à-dire M. Thibault, Mme Féret et moi-même,
avec l'aide additionnelle d'Émilie Lebailly.
Or bien sûr que cette histoire
- ainsi que mes recherches - ne se termine pas ce jour-là.
Rappelez-vous les trois cédéroms que m'avait gracieusement
donnés M. Thibault ! Alors, une fois rentré chez
moi, armé des noms des parents de Nicolas, je me suis
mis à " feuilleter " les plus anciens registres
de Gallardon.
Dans le deuxième registre, qui commence
en 1591, je n'ai pas retrouvé qu'une sur aînée
de Nico-las ; j'en ai retrouvé trois. Nicolas était
le quatrième enfant et le premier fils de sa famille.
Ses pa-rents ont fini par avoir treize enfants, soit neuf filles
et quatre fils, à partir de 1592 et jusqu'en 1610. Par
contre je ne puis en ce moment confirmer combien parmi eux ont
atteint l'âge adulte.
Donc, le premier enfant de la famille Pelletier
fut baptisé le 16 novembre 1592. Elle s'appelait Si-mone,
qui était d'ailleurs le prénom de sa mère.
Ensuite, le 18 octobre 1593 fut baptisée
Philippe; et le 3 avril 1595, Jeanne.
Puis, le 4 juin 1596, c'est Nicolas, parrainé
par Nicolas Brebier, Éloi Pelletier et Mathurine Moinaut,
femme de Pasquier Pichereau, qui lui, était un parent
de la mère de l'enfant.
Après Nicolas, c'était Marie,
baptisée le 11 mars 1598; et le 10 février 1599,
c'est une deuxième en-fant prénommée Marie.
Le 11 juillet 1600, un deuxième enfant
prénommé Jeanne fut baptisée, et le 23
janvier 1602, c'est le second fils de la famille, Éloi.
Le 18 novembre 1603 fut baptisé le
neuvième enfant de la famille, et le troisième
fils, Pierre. Ses parrains furent Pierre Beauchesne et Nicolas
Pelletier , fils d'Éloi Pelletier ; sa marraine,
Jeanne, femme de Claude Duboys. Or il se peut - et je ne puis
le dire avec certitude - que ce Pierre soit le Pierre Pelletier
" non-identifié " nommé dans un contrat
passé le 12 novembre 1639 à Québec devant
le notaire Martial Piraube. Dans ce contrat, Nicolas Peltier
et Pierre Pelletier, tous deux charpentiers, et Jean Éger,
maçon, rendent compte de l'état de la maison de
défunt Guillaume Hébert. Toutefois cette hypothèse
qu'il s'agisse dans le contrat du frère de l'ancêtre,
reste à prouver.
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