Société d'histoire et de Généalogie du Plateau Mont-Royal
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Exposé de Benoît Pelletier Shoja
Note de la SHGP: Exposé de Benoît Pelletier Shoja à l'occasion de l'inauguration du monument en honneur de Nicolas Peltier et Jeanne de Vousy par l'Association des familles Pelletier, le lundi 12 septembre 2005 à la Mai-son Hamel-Bruneau, arrondissement de Sainte-Foy/Sillery.
Monsieur le Président du Conseil de l'Arrondissement de Sainte-Foy/Sillery; messieurs les membres du Conseil; Monsieur Dumas; Madame Blais-Gosselin; Mesdames et Messieurs les membres de l'Association des familles Pelletier; cousins; amis; invités :
Monsoier Benoit Pelletier Soja lisant pendant l'exposéC'est une immense émotion qui remplit mon cœur en voyant ce monument qui honore ces hardis pionniers québécois, nos ancêtres Nicolas Peltier et Jeanne de Vousy. Au nom de leurs descen-dants dans le monde entier, je vous salue. Je vous remercie de tout mon cœur de cette célébration de la vie de nos aïeux. Grâce à ce monument, qui repose sur une partie des terres attribuées à cette famille il y a 360 ans ajourd'hui, tous ceux qui le verront, se rendront compte qu'ils se trouvent dans le berceau même de la famille Peltier en Amérique du Nord.
Or malgré l'écart entre leur vie et la mienne, de quatre siècles et de onze générations, je suis tou-jours conscient de la vie extraordinaire de ce couple. Un jour de printemps comme il y en a tant, en l'an 1636, Nicolas et Jeanne ont entrepris un voyage empreint d'incertitude à travers un vaste océan, pour réaliser leurs ambitions dans le territoire hostile et implacable de la Nouvelle-France, où ils ont finalement réussi à établir leur famille. Entre 1633 et 1649, ils ont eu huit enfants; tous ont atteint l'age adulte. En 1681, leur progéniture comprenait trois fils, cinq filles, au-delà de soixante-dix petits-enfants, et même plusieurs arrière-petits-enfants; cinquante ans plus tard, c'était près d'un millier de descendants que l'on pouvait compter. La famille Peltier était donc à cette époque, la dixième plus grande famille-souche québécoise - ce qui n'est pas peu dire. Nicolas, lui, a vécu au-delà de 81 ans; ce qui est sans exagérer, plutôt extraordinaire pour l'époque. Sa lignée s'est perpé-tuée, et ses descendants continuent à prospérer, tant au Canada qu'aux États-Unis, ainsi que dans le monde entier.
Marcel Fournier, " L'immigration européenne au Canada des origines à 1765 ", Mémoires de la Société gé-néalogique canadienne-française, vol. 42, n° 2, p. 106 -124 (1991).
Pour conclure cette première partie de mon exposé, encore une fois, je vous remercie, messieurs les membres du Conseil de l'Arrondissement d'avoir autorisé l'installation de ce monument ici sur ce glorieux site de la Maison Hamel-Bruneau, sur les terres qui appartenaient jadis à Nicolas Peltier, merci aussi à tous ceux qui ont aidé à réaliser cet événement extraordinaire. En particulier M. De-nis Pelletier, M. Guy-R. Pelletier et M. Marcel Pelletier de l'Association des familles Pelletier; et M. Éric Dumas, responsable des équipements patrimoniaux de l'Arrondissement de Sainte-Foy/Sillery.
J'aimerais maintenant vous parler de la semaine que j'ai passée, en juillet 2005, aux archives départementales d'Eure-et-Loir situées à Chartres en France, à la recherche des traces de Nicolas Peltier. J'aimerais aussi vous en présenter les résultats.
Tout d'abord, afin d'effectuer ces recherches, je me suis basé uniquement sur ce que l'on savait déjà des origines de l'ancêtre, selon les archives de la Nouvelle-France. C'est-à-dire : Les registres de Notre-Dame de Québec montrent que le maître-charpentier Nicolas Peltier était originaire de la pa-roisse Saint-Pierre Saint-Paul de Gallardon en Beauce. Le recensement de 1667 indique qu'il était né vers 1590. Et, très important, plusieurs contrats notariés prouvent qu'il savait signer.
Par contre, les noms de ses parents ainsi que la date de sa naissance, sont absents des Archives nationales du Québec. Aucun généalogiste n'a jamais connu ces deux renseignements importants.
Or une fois rendu aux archives départementales, je me suis concentré strictement sur les minutes des notaires gallardonnais du début de dix-septième siècle. Étant donné l'énorme quantité de docu-ments qu'entraînait cette recherche, je n'ai pu prendre le temps de lire ligne par ligne chaque contrat. J'ai plutôt fait particulière attention aux signatures en bas des contrats, toujours attentif au véritable " gribouillage " qu'est la signature de l'ancêtre.
Ma première journée aux archives, le lundi 18 juillet, j'ai consulté six volumes d'actes notariés; cha-que registre comprenait environ 400 ou 500 pages. À ma grande déception, quoique les signatures de plusieurs Pelletier gallardonnais abondent dans ces registres, je n'y ai retrouvé aucune trace de Nicolas. Le lendemain j'ai consulté encore d'autres registres notariaux. Pendant huit heures de suite, j'en ai consulté cette journée-là, treize. Encore une fois, j'ai rencontré bien des Pelletier de Gallar-don, mais aucune trace de celui que je cherchais.
Le matin du mercredi 20 juillet, le directeur des archives, Michel Thibault, que j'avais prévenu de mon séjour en France, m'a offert une visite guidée personnelle du bâtiment des archives départe-mentales. C'est un ancien séminaire, construit en 1722 et qui abrite les archives depuis cent ans. M. Thibault m'a avoué que c'est peut-être le pire endroit possible pour conserver d'une manière efficace les documents dont il est responsable. C'est la raison pour laquelle les archives sont transférées actuellement dans une nouvelle bâtisse. Or puisque je travaille, moi, aux Archives de l'État du New-Hampshire, M. Thibault m'a reçu comme collègue, d'où cette visite guidée personnelle. En plus de cela, il m'a aussi montré quelques documents uniques datant des VIIe, VIIIe et IXe siècles, ainsi que des plans moyenâgeux de Gallardon.
Après ce chaleureux accueil et cette splendide visite aux archives, où j'ai pu connaître d'autres col-lègues français et discuter avec eux, cet après-midi-là je me suis remis à feuilleter les minutes des notaires de Gallardon. À la fin de la journée, j'avais déjà consulté trente registres notariaux diffé-rents, c'est-à-dire plus de 10,000 contrats individuels datant de 1606 jusqu'en 1630. Il ne me restait plus que deux jours aux archives, et je n'avais encore retrouvé aucune trace de Nicolas Peltier.
Tout de même, j'avais de très bonnes raisons d'être content. Au début de l'année, en préparation de mon séjour en France, j'avais écrit à M. Thibault afin de lui poser des questions sur les archives. En me répondant, il m'a signalé qu'il était possible de consulter des images numérisées de l'état civil de toutes les communes du département, y compris donc celui de Gallardon, antérieur à 1853. Puisque je n'allais passer qu'une semaine aux archives et que je voulais consacrer le plus de temps possible à consulter les registres notariaux, j'ai osé demander s'il était possible d'acheter des cédéroms des images des plus anciens registres paroissiaux de Gallardon. À ma grande joie, M. Thibault a dit oui, puisque j'avais parcouru au moins 5,000 kilomètres pour arriver à Chartres, il n'y avait aucun pro-blème là-dessus. Ensuite il a ajouté, " Mais je n'ai pas le droit de vous faire payer "!
Aussi ce jour-là M. Thibault m'a-t-il offert non pas un, mais trois cédéroms de plus de 1,720 images des registres paroissiaux de Gallardon, à partir de 1578 et jusqu'en 1670! Quelle magnifique fin de ma troisième journée aux archives!
Alors, après trois jours de rien d'autre que des déceptions en ce qui concerne les registres nota-riaux, lorsque j'ai ouvert mon premier registre ce quatrième matin-là, j'étais bien loin de me douter de ce que j'allais retrouver dans mon premier bouquin du jour. Un bouquin d'ailleurs que je n'avais pas projeté consulter car c'était indiqué dans l'index "en mauvais état ".
Donc là, dans les minutes d'un notaire nommé Jean Fullone, pour l'année 1612, à la fin d'un contrat du 29 février, j'ai retrouvé, enfin, la signature de Nicolas Peltier!
En lisant péniblement pour une première fois le texte du contrat qu'avait signé mon ancêtre, je me suis aperçu que ce document était très important - voire inestimable - pour plusieurs raisons.
D'abord, il porte sa signature, ce qui nous permet de prouver irréfutablement et donc définitivement qu'il s'agit du pionnier québécois.
Ensuite, il renforce ce que nous savons déjà : que Nicolas venait en fait de la paroisse de Gallardon.
Mais de quoi s'agissait-il, dans ce contrat ?
J'ai cru distinguer le mot " baille ", ce qui m'a tout de suite fait penser que Nicolas louait une terre. Mais je n'ai pas retrouvé d'autres " mots-clés " d'une vente ou d'un bail d'une terre.
Alors, plus tard, avec l'aide de M. Thibault, j'ai compris qu'il s'agissait du contrat d'apprentissage du jeune Nicolas Peltier. Il se faisait bailler " comme apprenti et élève " à un maître-charpentier, celui qui l'a instruit dans l'art de la charpenterie, métier que Nicolas continuerait plus tard à exercer en Nouvelle-France.
Ce maître-charpentier s'appelait Michel Delaval, et le contrat porte non seulement sa signature à lui mais aussi sa marque. Il a tracé en dessous de sa signature la silhouette d'une hache à main, outil indispensable d'un charpentier-menuisier pour tailler les poutres et les poteaux. Cette marque identi-ficatoire aurait sans doute été gravée aussi sur toute œuvre réalisée par Delaval.
En plus il montre que Delaval demeurait à Épernon, commune périphérique de Gallardon, où il au-rait fort probablement emmené Nicolas. Ceci représente le premier indice des premières migrations du pionnier avant son arrivée à Québec en 1636.
Tout de même, l'ultime raison pour laquelle ce document nous est tellement précieux, c'est qu'il porte les noms des parents de Nicolas Peltier ! Il serait donc plus tard la clé pour ouvrir mes recher-ches dans les registres paroissiaux de Gallardon.
Or ayant retrouvé ce document le matin, ce n'est qu'à 5 heures de l'après-midi que j'ai pu avoir ren-dez-vous avec M. Thibault afin de continuer la lecture et confirmer mon interprétation limitée du tex-te. Ce dernier a fini par inviter une collègue, Brigitte Féret, responsable des services notariaux, et en nous mettant à trois nous avons pu déchiffrer une grande partie du contrat. Mais étant donné l'heure avancée, on a décidé de reprendre la lecture de ce document le lendemain après-midi, car M. Thi-bault serait absent le matin.
Le lendemain j'ai passé toute la matinée à étudier, à déchiffrer et à transcrire le texte. Quoiqu'une vingtaine de mots me soit restée illisible, dont la plupart dans la conclusion banale du contrat, avec ce que nous avions pu déchiffrer la veille, j'ai réussi à saisir l'essentiel : Le père de Nicolas étant antérieurement décédé, ce dernier ne pouvait apprendre le métier paternel. La mère, n'ayant probablement plus les moyens de subvenir aux besoins de son fils, a dû donc le bailler à Michel Delaval, c'est-à-dire le donner, et ce, pendant les quatre années suivantes. Delaval a donc accepté - et je cite - de " lui apprendre, montrer et enseigner son dit état de charpentier, de lui quérir et apprêter son boire [et] manger " ... de " chauffer et blanchir tant sain que malade "... et d' " entretenir tant d'habits que linge et chaussures ", tout à sa propre charge à lui. En échange de quoi, Nicolas - et je cite encore - " sera tenu servir ledit Delaval son maître à son dit état et à toutes ses autres affaires licites et honnêtes que lui commandera sans s'en défier ni ailleurs servir à quoi faire " … " durant ledit temps sans lui en payer aucune chose ".
C'est cela l'interprétation à laquelle nous sommes enfin arrivés vendredi après-midi : c'est-à-dire M. Thibault, Mme Féret et moi-même, avec l'aide additionnelle d'Émilie Lebailly.
Or bien sûr que cette histoire - ainsi que mes recherches - ne se termine pas ce jour-là. Rappelez-vous les trois cédéroms que m'avait gracieusement donnés M. Thibault ! Alors, une fois rentré chez moi, armé des noms des parents de Nicolas, je me suis mis à " feuilleter " les plus anciens registres de Gallardon.
Dans le deuxième registre, qui commence en 1591, je n'ai pas retrouvé qu'une sœur aînée de Nico-las ; j'en ai retrouvé trois. Nicolas était le quatrième enfant et le premier fils de sa famille. Ses pa-rents ont fini par avoir treize enfants, soit neuf filles et quatre fils, à partir de 1592 et jusqu'en 1610. Par contre je ne puis en ce moment confirmer combien parmi eux ont atteint l'âge adulte.
Donc, le premier enfant de la famille Pelletier fut baptisé le 16 novembre 1592. Elle s'appelait Si-mone, qui était d'ailleurs le prénom de sa mère.
Ensuite, le 18 octobre 1593 fut baptisée Philippe; et le 3 avril 1595, Jeanne.
Puis, le 4 juin 1596, c'est Nicolas, parrainé par Nicolas Brebier, Éloi Pelletier et Mathurine Moinaut, femme de Pasquier Pichereau, qui lui, était un parent de la mère de l'enfant.
Après Nicolas, c'était Marie, baptisée le 11 mars 1598; et le 10 février 1599, c'est une deuxième en-fant prénommée Marie.
Le 11 juillet 1600, un deuxième enfant prénommé Jeanne fut baptisée, et le 23 janvier 1602, c'est le second fils de la famille, Éloi.
Le 18 novembre 1603 fut baptisé le neuvième enfant de la famille, et le troisième fils, Pierre. Ses parrains furent Pierre Beauchesne et Nicolas Pelletier , fils d'Éloi Pelletier ; sa marraine, Jeanne, femme de Claude Duboys. Or il se peut - et je ne puis le dire avec certitude - que ce Pierre soit le Pierre Pelletier " non-identifié " nommé dans un contrat passé le 12 novembre 1639 à Québec devant le notaire Martial Piraube. Dans ce contrat, Nicolas Peltier et Pierre Pelletier, tous deux charpentiers, et Jean Éger, maçon, rendent compte de l'état de la maison de défunt Guillaume Hébert. Toutefois cette hypothèse qu'il s'agisse dans le contrat du frère de l'ancêtre, reste à prouver.
Cet individu fut mal identifié comme pionnier québécois Nicolas Peltier dans l'article intitulé " Nicolas Peltier : A Chronicle, 1594-1678 " qui a paru dans Michigan's Habitant Heritage (vol. 24, n° 2, avril 2004) et dans La Pelleterie (vol. 18, n° 2, été 2004). Des rétractions à cet effet ont déjà paru dans ces deux bulletins
Ensuite, furent baptisés, le 10 avril 1605, Nathalie; le 10 novembre 1606, Marguerite; le 22 février 1609, le dernier fils de la famille, Philippe; et finalement le 13 juin 1610, le dernier enfant de la fa-mille, Simone.
Pour récapituler, plusieurs renseignements jusqu'ici inconnus sur les origines et la famille de notre ancêtre ont été mis au jour. Nous savons que Nicolas Peltier avait neuf sœurs et trois frères, et nous connaissons le nom et la date de baptême de chacun. Nous connaissons enfin la date de baptême de l'ancêtre lui-même. Nous connaissons aussi le nom de sa mère, et même le nom du maître-charpentier qui lui a appris l'art de la charpenterie. Alors, maintenant, je peux enfin vous dévoiler le dernier renseignement que j'ai à vous révéler, le prénom de son père : François.
Sur cela, je vous remercie tous et toutes de votre présence en cet extraordinaire après-midi, et je vous remercie de votre attention. Merci beaucoup.
Mis à jour le : 14-feb-09
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