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Une banque historique sur
l'avenue du Mont-Royal |
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Auteur :
Gabriel Deschambault (administrateur de la Société
d'Histoire et de Généalogie du Plateau Mont-Royal) |
 Quand
j'étais petit, j'ai déjà été le petit garçon
le plus riche du monde ! J'avais même mon propre coffre-fort ! En fait,
mon père m'avait offert une petite tirelire en métal, prêtée
par la Banque d'Épargne de la Cité et du District de Montréal.
Pour moi, elle semblait très solide et surtout, très sûre
avec ses véritables clefs et sa lourde porte. On ne parle pas ici d'un
vulgaire cochon rose en plâtre qui doit être finalement sacrifié
pour obtenir le fruit de nos économies, Non, Non ! Un véritable
coffre-fort, avec une clef qui permet des retraits et une gestion avisée
de notre gros 6.75$ et bien sûr avec l'aide du parent détenteur de
la fameuse clef. | |
J'avais malgré tout l'impression d'être vraiment
riche. Parfois, mon grand-père me donnait en cadeau, un grand cinquante
sous rond. Une roue de "gros chars" comme il disait. Alors là,
c'était le comble du ravissement, d'entendre le bruit sourd de la pièce
qui tombe dans la tirelire. C'était probablement ce genre de plaisir, qu'entretenait
le Séraphin des "Belles Histoires". Mais, pour un enfant de cinq
ans, c'est quand même pas très inquiétant ! |
| Ces
souvenirs me ramènent près de soixante ans en arrière et
bien que la banque s'appelle maintenant "la Banque Laurentienne" c'est
toujours la même institution. La succursale est toujours au même endroit
et elle a fait récemment les frais d'une rénovation en profondeur.
Pour moi, c'était même le troisième décor de cette
succursale que je voyais. Ce n'est pas banal. Comme je conserve toutes sortes
de choses (et que mes parents faisaient de même avant moi) j'ai retrouvé
dans mes vieilles boîtes pleins d'articles reliés à cette
banque. Cela m'a donné l'idée de leur proposer que notre société
d'histoire organise dans la succursale une petite vitrine-exposition afin de marquer
l'inauguration de leurs nouveaux locaux. J'avais différents artefacts illustrant
les opérations de cette banque (carnets bancaires, chèques anciens,
cartes de guichet, etc.) et je pensais intéressant que notre société
montre ça aux gens du quartier. | |
Il faut dire que cette succursale bancaire est la plus ancienne
de l'avenue du Mont-Royal même si elle est maintenant la plus moderne !
Elle existe au même endroit depuis plus d'une centaine d'années.
L'histoire de l'institution elle-même n'est pas banale non plus puisque
c'est à l'instigation de Monseigneur Bourget lui-même, que différents
hommes d'affaires montréalais, dont plusieurs notables du quartier, ont
mis sur pied cette institution de la Banque d'Épargne de la Cité
et du District de Montréal. Celle-ci visait prioritairement à promouvoir
l'épargne chez les francophones montréalais. Outre de grands noms
comme Louis-Joseph Papineau, Louis-Hippolyte La Fontaine ou Georges-Étienne
Cartier, on retrouvait parmi les fondateurs ou directeurs, les noms de Boyer,
Comte, Fabre et même le docteur Pierre Beaubien de Saint-Louis du Mile-End. |
| La
Banque Laurentienne ayant préféré décliner notre offre
(nous aurions quand même bien aimé entendre tomber quelques "roues
de gros chars" dans notre maigre budget mais ce sera pour une autre occasion)
nous pensions qu'il aurait été malgré tout, intéressant
de verser les photos et quelques explications à notre site internet pour
le bénéfice de ceux qui aiment se rappeler de vieux souvenirs. |
| Voici donc quelques éléments de cette
petite collection. |
  Tout
d'abord, les vieux carnets du grand-père et un chèque datant de
1920 versé sur l'hypothèque de la maison qu'il avait achetée
quelques aquelques années plus tôt, rue
Christophe-Colomb. | |
À cette époque, la banque est une institution
importante et le "gérant de banque", un homme encore plus important.
Dans ce temps là, les banques ne courent pas après les clients pour
leur prêter de l'argent. C'est plutôt le contraire ! Le gérant
à droit de vie ou de mort sur l'emprunt, d'où l'importance de son
statut. |
 Les
opérations bancaires étaient également fort différentes
d'aujourd'hui. Toutes les opérations s'effectuaient en personne et toutes
les transactions étaient inscrites manuellement, à la plume, par
le caissier, dans le carnet de l'épargnant et dans le "grand ledger"
de la banque. Par la suite, des "machines" sont venues prendre charge
des écritures. |
 Plusieurs
années plus tard, l'arrivée de l'électronique et de l'internet
est venue transformer le monde bancaire et les façons, pour les clients,
de faire affaires avec la banque. L'apparition des caissiers automatiques a par
la suite facilité l'accès à l'argent à toutes heures
du jour et a finalement transformé les clients en "caissiers virtuels".
Les reçus de guichet et les relevés électroniques ont depuis
remplacés les livrets. |
 Ces
livrets ont aussi revêtus de nombreux habillages au fil du temps. Bien sûr,
pendant un long moment, la banque s'est appelée la "Montreal City
and District Savings Bank" mais elle fut surtout connue sous le nom de "Banque
d'Épargne", avant de devenir la Banque Laurentienne. |
| C'est
assez intéressant de penser qu'un emplacement commercial de l'avenue du
Mont-Royal puisse demeurer aussi longtemps au même endroit et continuer
d'exister malgré tous les changements dans son fonctionnement et dans son
environnement d'affaires. Entre Monseigneur Bourget et aujourd'hui, il en est
passé des "trente sous" dans les caisses de cette banque. |
| En
passant, j'ai toujours ma petite tirelire et je la trouve toujours "impressionnante". |
| Auteur
: Gabriel Deschambault (2009) |
| Mis
à jour le : 17-oct-09 | | ©
2009 SHGP - Société d'Histoire et de Généalogie du
Plateau Mont-Royal | |