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Les souvenirs de Guylaine Forest
Compte-Rendu de la rencontre avec Guylaine Forest par A.C. Grenon (le 28 mai 2006)
Renseignements biographiques
Il y a déjà plusieurs années que je viens faire un tour sur la rue Drolet, simplement pour me rappeler les beaux souvenirs de mon enfance. J’ai passé 15 ans dans le quartier.
Ce fût pour moi une belle enfance dans ce quartier malgré la pauvreté. Je ne regrette rien et je garde dans ma mémoire de beaux souvenirs. Et c’est pourquoi encore aujourd’hui j’y retourne … pour me remémorer les beaux moments passés sur cette rue. Je garde contact entre autre avec une copine du temps, Johanne Lizotte. Nous avons eu beaucoup de plaisir ensemble et avec bien d’autres aussi que je ne peux nommer ici, tellement il y en a.
Et dernièrement, j’avais une grande envie de visiter « la petite maison de mon enfance » au 3957 Drolet. Nous en avons parlé moi et ma sœur Chantal tout récemment, car la maison était inhabitée et commençait à se détériorer.
Avant que le propriétaire entame des rénovations, je voulais avoir la chance d’y remettre les pieds. Et un soir de printemps 2006, j’étais dans le quartier avec ma fille de 13 ans, il pleuvait très fort et j’ai dit à ma fille, je crois que je vais laissé un petit mot et mon numéro de téléphone dans la boîte à lettre de la petite maison du 3957 et on verra, si on nous répondra …
Et sans trop attendre en retour, après 3 semaines, j’ai reçu un appel de la fille du propriétaire. Quelle joie pour moi, ils veulent bien me permettre de visiter les lieux! Merci à vous … Et c’est en même temps, au téléphone, que la dame me dit : « Ça tombe bien, j’ai reçu une autre lettre invitant les gens du quartier à une fête pour se souvenir de la rue Drolet dans les années passées … et bien sûr j’en faisais parti … incroyable … ça tombait vraiment bien. Je peux visiter la petite maison mais également participer à une fête de quartier racontant une partie de notre histoire. Wow!
Je pourrai donc revoir aussi des ami(e)(s) d’enfance et on pourra se rassembler sur la même rue 35 ans plus tard.
Revoir également Gaston Michaud qui pour moi a été une personne spéciale de mon enfance sera très apprécié. J’ai bien hâte de le rencontrer …
Merci de m’avoir permis de raconter une petite partie de mon histoire et de mon passage sur la rue Drolet. J’en récolte une grande joie.
La rencontre avec Guylaine Forest
Guylaine et sa famille (sa mère Gisèle Forest et ses quatre enfants, Benoît, Guylaine, Chantal et Sylvain) déménagent au 3957 de la rue Drolet, vers la fin des années 60, alors que Guylaine a environ 5 ans. Un ou deux ans plus tard, tout probablement en 1970, le feu prend dans le hangar derrière leur maison et la famille déménage au 3815 de la rue Drolet, où la famille demeure jusqu’à ce que Guylaine termine sa sixième année à l’École Jean-Jacques Olier. Par la suite, la famille habite au 3832 de la rue Saint-Denis.
Le 3957 Drolet est actuellement en très mauvais état et sera tout probablement rénové sous peu. Guylaine assure que la maison n’a pas changé depuis que sa famille l’occupait. À l’extérieur, ce sont toujours les mêmes portes, la même devanture et les mêmes couleurs de peinture. À l’arrière de la maison, on peut deviner où était situé le hangar et il y a encore des traces du feu sur le mur extérieur.
Lorsque Guylaine arrive sur la rue Drolet, le parc Jean-Jacques-Olier existe déjà, mais sous une forme rudimentaire. Les résidents l’appellent le parc Drolet. Il est beaucoup plus petit, il y a peu de verdure et on y trouve seulement des balançoires. Il y a alors une maison à côté de celle actuellement située à la limite sud du parc.
Outre le parc et l’incendie de sa maison, Guylaine garde d’autres souvenirs de sa jeune enfance :
Il y avait une sirène dans la ruelle, derrière le sanctuaire des Dominicains (3980, rue Saint-Denis). Cette sirène remontait tout probablement à l’époque de la guerre froide et, lorsque la sirène se mettait en marche (soit en raison d’un court-circuit ou d’un exercice), les gens devaient trouver refuge immédiatement.
Lors de la Crise d’octobre, qui a débuté en 1970 avec l'enlèvement de l'attaché commercial britannique, James Richard Cross par la cellule indépendantiste Libération, il y avait alors un couvre-feu et l’armée était sur place.
Guylaine garde de très bons souvenirs de Gaston Michaud : « Gaston Michaud m’a donné le goût de vivre pleinement et de persévérer, même lorsque j’étais toute petite. C’est un exemple pour moi. Il mettait de la vie partout où il allait et il transmettait tellement bien sa joie de vivre. Une fois que Gaston Michaud a commencé à faire des projets de vie dans le quartier, les enfants ne flânaient pas dans la rue. Il y avait beaucoup d’activités ». Elle se souvient aussi qu’il y avait des personnes de plusieurs différents pays sur la rue mais qu’il n’y avait pas de conflits entre eux. Elle ajoute : « On n’était pas riche mais on était bien. Il y avait l’essentiel – des amis ».
Parmi les activités organisées par Gaston Michaud, il y a le camp de vacances au lac Clair près du village de Saint-Béatrix. Guylaine et sa famille y vont pendant deux semaines chaque été : « Ma famille, pour un prix minime, avait accès à un chalet en campagne et avait chaque année deux semaines de vacances merveilleuses. Il y avait en plus des activités organisés et surveillés sur place, tout ça avec des familles du quartier ».
En plus des activités organisées par Gaston Michaud, il y a un comité de loisirs à l’École Jean-Jacques-Olier et des activités presque chaque soir, sans parler des compétitions organisées avec les comités de loisirs des autres quartiers : « Dans ce temps-là, on ne s’ennuyait pas. C’était vraiment amusant ». Les enfants jouent aussi sur les trottoirs et dans les ruelles mais les parents de Guylaine exigent que leurs enfants demeurent à l’intérieur du périmètre délimité par les rues Roy, St-Denis, Duluth et Laval, permettant ainsi aux parents d’exercer une surveillance sur les jeunes.
C’est durant les années 70 que la Coop Olier prend naissance au 358-360-362 de la rue Roy, entre les rues Drolet et Saint-Denis. La Coop Olier, qui fait toujours partie intégrante des organismes caritatifs sur le Plateau Mont-Royal, favorise le mieux-être de gens à faible revenu au moyen d'ateliers, de services d'entraide et d'activités diverses. Plusieurs personnes de la rue Drolet, dont Gaston Michaud, sont impliquées lors de sa fondation.
C’est aussi durant les années 70 que plusieurs incendies se produisent : « Je me souviens d’un époque où il y avait beaucoup de feux dans le quartier. Il y avait comme un élan de panique ». Lors de l’incendie qui a détruit le pâté de maisons situé au 3847-3871 Drolet, le 27 juin 1974, plusieurs familles, dont les Émond, les Grenier et les Boisvenu, se trouvent sur le trottoir et un enfant, René Meunier, meurt. Il semble qu’il soit retourné à l’intérieur d’un hangar derrière les maisons afin de récupérer son vélo (voir article publié dans le Montreal Star le 28 juin 1974).
Guylaine se souvient aussi des inondations sur la rue Drolet durant les années 80.
Malgré tout, les adultes s’amusent : « Il y avait beaucoup de ‘party’ durant ce temps-là. Les gens aimaient ça fêter ».
Elle garde aussi un souvenir du timbre des cloches de l’Église Saint-Jean-Baptiste, des Sœurs de Sainte-Anne qui habitaient au 3814 Drolet (où sa mère suivait des cours de couture) et des initiales M.G. devant le 3999A Drolet, où habitait alors Maryse Gaudreau. Maryse a profité d’une rénovation pour y laisser sa trace! Guylaine, qui habite dans le nord de la Ville, revient souvent dans le quartier pour se ressourcer et se remémorer avec plaisir son enfance et son adolescence.
Iconographie
 
Mis à jour le : 16-nov-08
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