|
English summary: The following text
contains biographical information relating to M. Roger (not his
real name) and the house on Drolet Street which his grandfather
purchased in 1933 and which has remained in the family ever since.
The text also contains information relating to life in the neighbourhood
in the 30s, 40s and 50s and to the construction
of the row of houses on the West side of the street, between Duluth
and Roy.
|
| Renseignements
biographiques |
M.
Roger (il ne sagit pas de son nom véritable car il
préfère garder lanonymat) est né à
Montréal deux ans après que ses parents et grands
parents eurent émigré de la France. Ceux-ci se dirigeaient
vers New York mais lorsquils sont arrivés dans la Ville
de Québec et quils ont constaté que les gens
parlaient français, ils ont décidé de sétablir
au Québec. Puisque le grand père était outilleur
en acier (il a même travaillé à lentretien
de la Tour Eiffel à Paris), la famille sest rendue
à Montréal où le grand père était
assuré de trouver du travail. En1933, celui-ci a acheté
une maison située sur le côté ouest de la rue
Drolet, entre les rues Duluth et Roy, pour la somme de 1 725 $ en
argent comptant, une très importante somme durant la crise
économique des années 30.
À lépoque, la maison avait été
divisée en deux appartements, tout probablement en 1918 car
lorsque M. Roger a restauré la maison, il a découvert
dans les cloisons, des journaux portant la date de 1918. Les grands
parents avaient le logement du haut et M. Roger occupait le logement
du bas avec ses parents.
M. Roger a fait ses études primaires à lÉcole
Aberdeen, un bel édifice en pierre situé sur la rue
St-Denis en face du Carré St-Louis, à lendroit
où se trouve aujourdhui lInstitut du tourisme
et de lhôtellerie du Québec. Bien que les membres
de la famille ne pratiquaient plus la foi protestante, M. Roger
était considéré comme protestant, ce qui rendait
difficile laccès aux écoles catholiques. En
plus, sa mère, qui parlait trois langues (français,
allemand et anglais), était davis quil serait
utile pour lui dapprendre langlais. Cest pourquoi
il sest retrouvé inscrit à lÉcole
Aberdeen, bien quil ne parlait pas alors un seul mot danglais!
Après sêtre marié en 1946, il a quitté
la rue Drolet pendant une courte période de temps. En 1947,
lui et son épouse ont trouvé un logement au sous-sol
du 3818 Drolet, où ils ont vécu jusquen 1952.
Suite à la naissance de leur premier fils, ils ont quitté
le quartier, lequel sétait dégradé de
façon importante. Les maisons étaient alors en très
mauvais état et plusieurs avaient même été
abandonnées par leurs propriétaires. M. Roger se souvient
quun mur de brique sest même effondré sur
des voitures garées dans la rue! Le quartier était
très pauvre, insalubre et infesté de rats et le danger
dincendie était toujours présent. Selon M. Roger,
deux raisons expliquent les nombreux incendies dans le quartier
: 1) les systèmes électriques vétustes qui
ne suffisaient pas à répondre aux besoins suscités
par un nombre accru dappareils électriques, y inclus
des chaufferettes; et 2) la présence de nombreux hangars
en bois derrières les maisons. M. Roger a aussi fait allusion
à une troisième raison : plusieurs personnes croyaient
que certains propriétaires et promoteurs immobiliers mettaient
le feu afin de se départir dimmeubles détériorés.
Malgré la dégradation du quartier, les parents de
M. Roger (sa mère avait hérité la maison lors
du décès des ses parents) sont néanmoins demeurés
dans la maison jusquà leurs décès en
1976. En 1983, M. et Mme Roger sont retournés y vivre avec
le plus jeune de leurs fils. |
| Souvenirs
de la rue
Drolet |
Durant
les années 30 et 40, le quartier entre la rue St-Denis et
lavenue du Parc était peuplé dimmigrants
juifs provenant de lEurope de lEst. Malgré leur
grande pauvreté et le fait que plusieurs étaient analphabètes,
ces immigrants valorisaient les études et ils ont réussis
à bien faire instruire leurs enfants, dont plusieurs ont
fait leurs études secondaires à lÉcole
Baron Byng, sur la rue St-Urbain (lédifice est maintenant
utilisé par lorganisme Jeunesse au soleil / Sun Youth).
Au fur et à mesure que les membres de cette deuxième
génération ont amélioré leur niveau
de vie, ils quittaient le quartier de leur enfance. Leurs départs
et le fait que lentretien des maisons avait été
négligé depuis la première grande guerre, ont
contribué à la dégradation du quartier.
Sur la rue Drolet entre Duluth et Roy, il y avait cependant une
grande mixité : des immigrants juifs, une population yougoslave
et ukrainienne importante, des francophones et plusieurs autres
personnes issues de divers pays.
Au coin des rues Roy et Drolet (côté nord-ouest) se
trouvait une buanderie chinoise. Lancienne École Jean-Jacques-Olier
navaient pas encore brûlée; cétait
un très bel édifice en pierre avec de grands arbres
et une clôture en fer forgé. Du côté sud-est,
il y avait une boucherie hongroise où la mère de M.
Roger achetait du filet mignon à très bas prix puisquil
ny avait pas de demande pour cette coupe de viande dans le
quartier. La taverne était toujours aussi populaire quelle
ne lest aujourdhui et plusieurs hommes du quartier,
y inclus le père de M. Roger, la fréquentaient assidûment!
À lépoque, les tavernes étaient interdites
aux femmes.
Côté ouest de la rue, du sud au nord :
3810 - les Palmer, un couple dAngleterre
3814 - congrégation de religieuses, Les surs de Sainte
Anne, lesquelles donnaient des cours chez elles
3828 - M. Brousseau, un peintre de bâtiments
3850 la famille Leckerman, qui tenait une petite épicerie
3852 une famille ukrainienne avec deux très belles
filles qui dansaient très bien
3864 cette maison était alors en très mauvais
état dont le mur de brique sest dailleurs effondré
sur les voitures garées dans la rue
3896 même à lépoque, cette maison
avait son très joli balcon
3916 des Belges qui avaient vécu au Congo
3984-3986 la maison actuelle existait à lépoque
4002 un juif européen qui enseignait le violon et
qui jouait parfois avec lorchestre symphonique de Montréal
(cette maison, qui sest écroulée durant les
années 90, a été fidèlement reconstituée)
4012 durant les années 70, le Matin des magiciens,
un repaire dartistes, décrivains et, tout probablement,
dadeptes du réalisme fantastique (voir le Matin des
magiciens de Louis Pauwels et Jacques Berger, publié en 1960);
aussi le bureau chef du partie Rhinocéros
Côté est de la rue, du sud au nord :
3835-3837 lorsquil était jeune, Harry Blank,
député libéral à lAssemblé
nationale et représentant de la circonscription de Montréal
Saint-Louis de 1960 à 1985 y a habité (il a étudié
à lÉcole Aberdeen en même temps que M.
Roger)
3847 - 3871 Drolet durant les années 30 et 40, il
y avait plusieurs maisons à trois étages remplies
denfants (ces maisons ont disparues suite à un incendie
très important durant les années 70, qui a coûté
la vie à un jeune garçon)
3911 - une petite épicerie de quartier tenu par M. Schurr
(?), un immigrant juif qui avait fuit les pogroms russes
3999-4001 la famille Legault (le père de M. Roger
a réparé les piliers en briques qui soutiennent limposant
balcon du deuxième étage)
4003-4007 une manufacture de vêtements qui sétendait
jusquà la rue St-Denis
Au coin nord-est des rues Drolet et Duluth se trouvait une épicerie
et une boucherie tenues par la famille Legault.
Puisquil y avait très peu de circulation et plusieurs
enfants dans le quartier, ceux-ci jouaient dans la rue car les ruelles,
jugées trop dangereuses, leurs étaient interdites.
Le jeu de « birdy » était très populaire
: un manche de balais était coupé en deux et une moitié
était placée dans un des trous des couvercles dégouts;
les enfants tentaient de frapper celle-ci avec lautre moitié
du manche. Plusieurs autres jeux, simples et exigeant peu de dépenses
de la part des parents, servaient à amuser les enfants. Par
exemple, lhiver, les garçons jouaient au hockey dans
la rue. Sils navaient pas de rondelles, ils utilisaient
des crottes de cheval! Là où se trouve le Carré
Saint-Louis, il y avait un gros réservoir qui était
vidé lhiver, sauf pour une mince couche deau,
et les enfants en profitaient alors pour faire du patin.
M. Roger se souvient aussi quil y avait très peu de
livres dans les maisons à lépoque.
Les maisons étaient mal isolées, de sorte quil
faisait très chaud durant lété et froid
durant lhiver. Le peu darbres dans le quartier y était
sans doute pour quelque chose. Par contre, lorsque la famille de
M. Roger a acheté la maison en 1933, il y avait un lilas
dans la cour, lequel fleurit toujours.
Enfin, bien quil ne sagisse pas de souvenirs de la rue
Drolet, M. Roger se souvient que la première épicerie
de lillustre famille Steinberg était située
sur la rue St-Laurent, tout près du Square Vallières.
Dans ce square, des commerçants de diamants se réunissaient
pour échanger et vendre des pierres, quils gardaient
dans des petits sacs dans leurs poches. Description de la maison
habitée par M. Roger
Puisque la maison est demeurée entre les mains de la famille
de M. Roger depuis 1933, elle est très bien conservée.
De plus, M. et Mme Roger, avec laide de leurs fils, ont entrepris
dimportants travaux de restauration depuis leur retour en
1983. À lépoque de sa construction, la maison
était illuminée au gaz car lélectricité
dans les maisons ne remonte quaux années 1920. Lors
de leurs travaux, la famille Roger a découvert les tuyaux
de gaz originaux dans les plafonds. La famille a aussi trouvé
un outil pour travailler la pierre ayant vraisemblablement appartenu
à un des ouvriers qui a travaillé à la construction
de la maison. Le nom de louvrier, J. MacDougall, apparaît
sur loutil. Selon M. Roger, plusieurs maçons écossais
auraient émigrés au Québec au 19e siècle
et il est fort probable que louvrier en question ait fait
partie de ce groupe.
La famille Roger a aussi conservé les planchers originaux,
en pin jaune dune épaisseur de deux pouces. Les planchers
reposent sur des poutres dune longueur denviron trente
pieds. Au sous-sol, on a exposé la fondation en pierre. La
maison conserve dailleurs plusieurs moulures de plâtre
et boiseries dorigine, ainsi que les accroche-tableaux en
bois le long des murs.
Quelques renseignements au sujet de la construction des maisons
à louest de la rue Drolet
M. Roger sest intéressé de près à
lhistoire du quartier et il a plusieurs documents et plans
anciens relatifs au quartier. Au départ, la rangée
de maisons située du côté ouest de la rue Drolet
était connue sous le nom de
« Place Comte », tel que le démontre une copie
notariée dun acte de vente en date du 8 janvier1875,
relatif à la maison habitée par M. Roger. Selon les
termes de lacte, enregistré au bureau denregistrement
de la division denregistrement de Montréal sous le
numéro 83579, « Messieurs Ferdinand David, lun
des membres de lAssemblée Législative de la
dite Province de Québec, Sévère Rivard, avocat,
Michel Laurent, architecte et Gustave-Adolphe Drolet » ont
vendu la maison (120 Place Comte) à « Dame Victorine
Nichols,
lépouse contractuellement séparée
de biens de Edmond Defoy, Ecuier (sic), employé du bureau
de lInspecteur du Revenu, de la Cité de Montréal
». Il est indiqué à lacte que les vendeurs
ont acquis ce lot « avec plus grande étendue de terrain,
de Benjamin-Godfroi Comte, écuier » suivant un contrat
de vente dont une copie authentique a été enregistrée
le 24 février 1872 sous le numéro 66059 et quil
y avait eu commutation des droits seigneuriaux.
Il y a donc lieu de conclure que la rangée de maisons a été
construite à partir de 1872. À lépoque
de leur construction, il sagissait de maisons unifamiliales,
avec une cuisine et deux autres pièces au sous-sol, un salon
et une salle à manger au premier étage et trois ou
peut-être même quatre chambres à coucher au deuxième
étage. Le plan intérieur de ces maisons ressemble
beaucoup à une image en la possession de M. Roger, démontrant
le plan intérieur de row houses en Angleterre et il est fort
possible que larchitecture des maisons de la rue Drolet ait
été inspirée par le modèle anglais.
Selon M. Roger, les maisons de la rue Drolet étaient modernes
pour lépoque car elles étaient raccordées
aux systèmes dégouts, deau courante et
de gaz. Par contre, les maisons situées au nord de la rue
Duluth (alors dénommée St. Jean Baptiste tel quen
fait foi lacte de vente enregistré sous le numéro
83579) nétaient pas pourvues de ces services. Elles
lont été seulement en 1885.
Cette rangée de maisons a deux particularités :
Puisque ces maisons ont été construites manuellement
durant la même période de temps, elles étaient
au départ toutes reliées par des ouvertures au deuxième
étage afin de permettre aux ouvriers de circuler librement
à lintérieur avec leurs brouettes, outils et
matériaux de construction. À la fin du projet, les
ouvertures ont été fermées avec des briques.
Plusieurs résidents ont découverts ces anciennes ouvertures
lors de la rénovation de leurs demeures. Dailleurs,
dans sa maison, M. Roger a laissé un mur de brique tel quel,
afin de bien mettre louverture en évidence.
Deuxièmement, il y avait du bois en dentelle sur la pointe
du toit au dessus de la porte de chaque maison. Cette dentelle prenait
la forme de curs ou de glaçons et le modèle
changeait dune maison à lautre (curs, glaçons,
curs, glaçons
). |
Remerciement
Les souvenirs de M. Roger permettent à toutes les personnes
qui résident sur la rue Drolet entre les rues Roy et Duluth
de mieux reconstituer la vie du quartier durant les années
30 et 40 et de découvrir les origines de notre petit bout
de rue. M. Roger tient à souligner cependant que la mémoire
est une faculté subjective et il espère que personne
ne sera outré par ces souvenirs. Nous tenons à le
remercier de nous avoir fait part de ces renseignements très
précieux. |
|