Voici son histoire contée par plusieurs
historiens, auteurs, ou autres mais qui ne fait pas l'unanimité
de tous.
En mai 1622 : naquit
Louis de Buade, comte de Frontenac et de Palluau, au château
de Saint-Germain-en-Laye (banlieue parisienne). Il est né
après la mort de son père. Il est baptisé
en juillet 1623 et Louis XIII est son parrain.
En 1639 : à l'âge de 17 ans, il entre
dans l'armée française et devient capitaine.
En 1643 : à l'âge de 21 ans, il reçut
le brevet de maître de camp au régiment de Normandie.
Il participe à plusieurs campagnes de la guerre de Trente
Ans.
En 1646 : lors de la bataille d'Orbetello, il
y est blessé au bras et ne s'en remettra jamais. En récompense,
on le nomma maréchal de camp, grade équivalent
à celui de général de brigade.
En
octobre 1648 : Frontenac épouse secrètement
Anne de la Grange-Trianon, fille du seigneur de Trianon et de
Neufville, riche maître des requêtes. Elle sera
célèbre pour sa beauté physique (son portrait
se trouve à Versailles), son tempérament fougueux
et un esprit vif et mordant. Anne devait hériter à
sa majorité d'une fortune considérable, léguée
par sa mère. Mais comme son père n'approuvait
pas ce mariage, lorsqu'il apprit que celui-ci avait eu lieu
clandestinement, il déshérita sa fille et, grâce
à des moyens légaux, il parvint à lui soustraire
l'héritage de sa mère.
En mai 1650 : le couple donne naissance à
François-Louis de Buade , seul enfant du couple. François
de Buade a été tué en 1672 en combattant
les Hollandais à la tête d'un régiment au
service de l'évêque de Munster.
Quand Frontenac n'était pas en service, il résidait
à la cour du roi. Il y menait une vie très extravagante
et accumula une quantité considérable de dettes.
En 1653 : Frontenac doit vendre ou abandonner
la charge de colonel car il a trop de dettes.
En 1664 : il s'engagea par voie juridique à
rembourser une partie de ses dettes en quatre ans. Mais il ne
fit aucun effort pour s'acquitter de cette obligation. Il réussit
à échapper à ses créanciers en acceptant
d'aller combattre contre les Turcs à Candie (en Crête)
pour aider les Vénitiens à défendre leur
île.
En 1669 : il fit voile vers la Crète, mais
il ne tarda pas à se quereller avec les autres officiers
supérieurs de l'armée vénitienne. Cela
lui attira vite le mécontentement et la méfiance
du capitaine général, Francesco Morosini, l'un
des plus grands soldats de l'Europe. En septembre, congédié
du service de Venise, il recevait de Morosini l'ordre de quitter
l'île.
En avril 1672 :
à l'âge de 50
ans, Frontenac est promu gouverneur général de
la Nouvelle-France.
En juin 1672 : il embarque (sans sa femme) à
La Rochelle pour accomplir son premier mandat de gouverneur
(de 1672 à 1682). Si le salaire attaché à
ce poste étaient vraiment maigre pour un homme ayant
les habitudes de Frontenac, cette charge rendait d'avance inutiles
les tentatives de ses créanciers pour saisir ses biens,
car, en même temps que sa nomination de gouverneur général,
il obtenait une ordonnance du Conseil d'État qui levait
la saisie dont ses biens avaient été frappés
et lui accordait un sursis quant à l'obligation légale
qu'il avait contractée de rembourser ses dettes. Cette
façon de procéder n'était pas inusitée
dans de telles circonstances, et aucune flétrissure ne
découlait de l'état de banqueroute où se
trouvait Frontenac.
Le projet le plus illustre durant ce premier mandat a eu lieu
au début, il s'agit de la découverte du Mississippi
par Louis Jolliet et par le père Jacques Marquette. Mais
un complot mené contre Frontenac par un sous-ministre
français désireux de prendre le contrôle
de la traite des fourrures entraîne en 1682 son rappel
vers la France.
En octobre 1689 :
à l'âge de 67
ans, après un interrègne de sept années,
le comte Frontenac revient en Nouvelle-France. Il fait réoccuper
d'urgence le fort qui porte son nom (lequel avait été
capturé par les Anglais) et fait exécuter des
travaux de fortification à Montréal, à
Québec et sur les côtes.
En
1690 : Frontenac organise contre les Anglais trois batailles
le long du Saint-Laurent : à Ville-Marie, à Trois-Rivières,
et à Québec. Les Anglais ripostent par mer et
par terre avec le soutien des Iroquois, sous les ordres de l'amiral
Phipps. Ces derniers sont défaits devant Ville-Marie
et se débande sur le lac Champlain. Mais l'énorme
flotte de Phipps remonte le fleuve et vient assiéger
Québec le16 octobre 1690. Frontenac, prévenu à
temps, organise en hâte la résistance. Phipps a
à peine jeté l'ancre qu'il envoie à Frontenac
un parlementaire portant une sommation. Celui-ci présente
un ultimatum, au nom de Guillaume III et Marie, roi et reine
d'Angleterre qui l'invite à se rendre sans combat et
se réservant le droit de lui pardonner. Il lui donne
une heure pour prendre sa décision.
Frontenac
répond sans délai : "Je ne connais pas
le roi Guillaume, usurpateur qui a violé les droits les
plus sacrés du sang en voulant détrôner
Jacques II, son beau-père; quant à votre général,
qu'il sache que je n'ai pas de réponse à lui faire
que par la bouche de mes canons et à coups de fusil;
qu'il apprenne que ce n'est pas de la sorte qu'on envoie sommer
un homme tel que moi et, quand je voudrais me rendre, tous ces
braves officiers que vous voyez n'y consentiraient jamais."
Deux jours après, les Anglais attaquent. Après
trois jours de siège, ils sont repoussés vaillamment
par les Canadiens et un froid glacial. Phipps se résignera
à rentrer à Boston. Québec était
sauvée!
Quelque temps après, on avise Frontenac que la paix entre
la France et l'Angleterre avait été signée.
La guerre était enfin finie et Frontenac avait réussi
avec succès à protéger la Nouvelle-France
des attaques ennemies.

La
victoire de Frontenac fut célébrée avec
éclat en Nouvelle-France ainsi qu'en France où
elle fut commémorée par une médaille*.
L'avers de la médaille montre Louis XIV, de profil, et
porte l'inscription latine "Ludovicus magnus rex christianus"
(Louis, le grand roi chrétien). Le revers représente
un personnage allégorique foulant à ses pieds
le drapeau anglais. À sa gauche, on voit un castor, tandis
qu'à sa droite une autre figure symbolique appuyée
sur une urne représente le fleuve Saint-Laurent. En exergue,
on peut lire : "Francia in novo orbe victrix" (la
France victorieuse au Nouveau-Monde) et au bas, "Kebeca
Liberata MDCXC".
*Cette même médaille sera frappée à
nouveau en 1967 et remise à la population du Québec
par le général Charles de Gaulle, président
de la République française, lors de sa visite
historique à l'Exposition universelle de Montréal.
En 1697 : la paix est signée entre la France
et l'Angleterre (traité de Ryswick). La paix revint,
le vieux gouverneur continua son travail. Ses projets d'expansion
de la Nouvelle-France sont facilement entérinés
par Paris. Mais il se retrouva à nouveau en conflit avec
les autres autorités de la colonie et tout semblait indiquer
qu'il serait de nouveau rappelé en France. Toutefois,
avant que Paris ait eu le temps d'agir, Frontenac tomba malade
à l'automne de 1698.
Le 28 novembre 1698 : Frontenac meurt à
Québec, à l'âge de 76 ans. Il est inhumé
en l'église des Récollets.